Des investissements privés pour un impact social ? Obligations à impact social et autres options de financement

Entretien avec Marco Andreu

Ces dernières années, en parallèle de son activité comme chef de projet senior chez socialdesign, Marco Andreu s’est intéressé de très près aux obligations à impact social – aussi connues sous leur nom anglais de Social Impact Bonds (SIB) – dans le cadre de sa thèse à l’Université de Warwick (Royaume-Uni), du point de vue du contexte global socio-économique aussi bien que dans celui des politiques d’aide au développement.

Compte tenu des défis actuels que représentent le changement climatique, les migrations et les inégalités des revenus croissantes, il existe dans différents domaines des besoins de financement qui outre-passent de plus en plus les capacités de contribution des donateurs publics et de la philanthropie traditionnelle ; dans le même temps, les fonds publics sont également réduits dans divers domaines du fait de contraintes budgétaires. Dans le contexte de la pandémie de COVID 19, les débats sur le financement des services sociaux et des soins de santé et sur de nouveaux modèles de financement pour ces domaines se sont intensifiés.

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« Nous ne savons pas encore ce qui est vraiment essentiel »

Interview avec Roger Staub

Roger Staub est titulaire d’un Master of Public Health et d’un Master in Applied Ethics. Il est le cofondateur de l’Aide Suisse contre le Sida et a été pendant de nombreuses années responsable de la campagne STOP SIDA auprès de l’Office fédéral de la Santé publique (OFSP). Depuis 2017, Roger Staub est le directeur de la fondation Pro Mente Sana et s’engage aussi en tant de spécialiste de la prévention pour les premiers secours en santé mentale

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Entretien avec Linda Greber

« Les soins de longue durée nous mettent tous au défi. »

Dans notre entretien, Linda Greber (responsable du département Soins de longue durée du département Santé de Bâle-Ville) nous parle des développements et des défis dans le domaine des soins de longue durée.

Linda Greber est avocate et titulaire d’un Executive Master of Business Administration (EMBA). Elle dirige le département des soins de longue durée depuis le début de l’année 2016.

La Direction des soins de longue durée planifie, coordonne et supervise les soins de longue durée à Bâle et est responsable, avec son équipe, de la clarification des besoins en matière de soins dans le canton. Le canton de Bâle-Ville n’a pas de maisons de repos ni de Spitex en propre, mais travaille en partenariat avec des prestataires privés, principalement des fondations.

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Séminaire sur la politique des quartiers et les démarches participatives menées à Lausanne

Le 10 octobre dernier a eu lieu un séminaire sur les expériences lausannoises en matière de politique des quartiers et les démarches participatives. Ce séminaire, intitulé « entre ville ordinaire, quartiers et projets : la politique des quartiers et les expériences participatives lausannoises en débat », a été organisé conjointement par la Ville de Lausanne et l’Université de Lausanne. Il a rencontré un joli succès, puisqu’il a réuni près de 120 acteurs impliqués dans ces démarches à Lausanne et dans d’autres villes romandes. Notre cheffe de projet, Dr. Cyrielle Champion, a pris part à l’événement et rend compte des résultats les plus importants dans notre interview.

Cyrielle, tu as participé à ce séminaire. Peux-tu nous expliquer de quoi il était question dans ce séminaire ?

Depuis plusieurs années, la Ville de Lausanne mène une politique participative active qui donne aux quartiers, en tant que lieu privilégié de partage et d’expression de la vie citoyenne, un nouveau rôle dans la politique municipale. Parmi les outils participatifs mis sur pieds, on peut citer par exemple les
« Contrats de quartier » ou encore la « Caravane des quartiers ». Plusieurs de ces outils ont récemment fait l’objet d’évaluations externes.

Avec la nouvelle législature, la Ville de Lausanne souhaite renforcer sa politique des quartiers et faire de la participation citoyenne un objectif prioritaire. En mars dernier, elle a ainsi voté un programme dans lequel elle consolide les éléments existants et se dote de nouveaux outils: introduction d’un budget participatif permettant d’accorder une subvention financière en faveur de projets citoyens, création d’un poste pour la coordination de cette politique ainsi que d’une délégation municipale aux quartiers, etc.

Dans ce cadre, l’objectif du séminaire du 10 octobre dernier était double. Il s’agissait tout d’abord de faire un état des lieux des évaluations existantes et d’en faire connaître les résultats aux acteurs locaux directement concernés – collaboratrices et collaborateurs de la ville de Lausanne, mais aussi représentantes et représentants des sociétés et associations locales. Il s’agissait ensuite d’échanger et de réfléchir ensemble sur les enjeux d’une politique participative utile et efficace.

De quelle manière socialdesign a été associé à cet événement ?

Socialdesign a mené l’évaluation de la Caravane des quartiers sur mandat de la ville de Lausanne. La Caravane des quartiers constitue un de ces outils soutenus par la Ville de Lausanne qui a mis la participation des habitantes et habitants et des sociétés de quartiers au centre de son approche. A l’origine initiée pour remplacer les Fêtes de Lausanne, la Caravane est une manifestation gratuite qui sillonne la ville de Lausanne tous les deux ans et propose, à chaque halte dans un quartier, des spectacles itinérants, concerts et expositions. A l’origine, l’objectif de ces « fêtes de quartier » était à la fois de renforcer les liens entre associations, communautés et habitants d’un quartier, mais aussi de les impliquer directement dans la vie de quartier. Concrètement, à chaque étape, les habitants et associations étaient impliqués de trois manières : en tant qu’organisateurs de la manifestation, en tant que participants aux animations, et finalement en tant que spectateurs.

En tant que bureau mandaté pour évaluer cet outil, socialdesign a été invité à présenter les résultats de l’évaluation et à participer à la table ronde du matin consacrée à une discussion transversale des mandats réalisés jusqu’à ce jour.

Qu’as-tu retenu des échanges de cette journée ?

Le séminaire a mis en lumière toute une série de défis sur lesquels il s’agira de travailler ces prochaines années. Il y a bien sûr la question de l’accessibilité et de la participation de certaines populations dont la voix est souvent oubliée, comme les enfants ou les personnes avec un parcours migratoire. Mais il y a aussi la question du cadrage des démarches participatives et du rôle respectif des différents acteurs. Sur ces derniers points, j’ai notamment retenu que, pour être efficace, une démarche participative se doit d’être transparente dès le départ sur les contraintes existantes à un projet. Elle doit aussi pouvoir dépasser le clivage d’un processus top-down (p.ex. pilotage de l’administration) versus bottom-up (p.ex. idée d’un citoyen « tout-puissant »), et reconnaître que chaque acteur – administration, professionnels, habitantes et habitants et associations, a un rôle à jouer dans ces processus.

Quelle est ton appréciation de la politique lausannoise dans le domaine de la politique des quartiers et des démarches participatives ?

En Suisse romande, Lausanne est déjà très avancée dans ses réflexions et ses projets en matière de politique des quartiers et de démarches participatives.

Dans le cadre de son nouveau programme adopté en mars dernier, la Ville de Lausanne démontre aussi une réelle volonté de développer une participation citoyenne qui dépasse le cadre d’une participation « alibi » visant à assurer le soutien de la population pour certains projets municipaux. Sur ce point, l’introduction d’un budget participatif est, à mon avis, particulièrement exemplaire. En effet, dans le futur, un fonds spécial sera créé pour le soutien de projets initiés par des quartiers, lequel permettra aux habitants de co-décider les priorités et les budgets alloués.

Par ailleurs, la ville montre également une réelle volonté à travailler de manière transversale entre les départements et les domaines concernés. C’est à mon avis fondamental quand il s’agit de répondre à des propositions issues de l’expertise du terrain et de la réalité quotidienne des habitants d’un quartier. En tant que spécialiste des questions de collaboration inter-institutionnelle, c’est une démarche que j’ai toujours encouragée, même si ce n’est pas toujours la voie la plus facile à réaliser.

Nous vous remercions grandement pour l’interview.

Projets pour l’encouragement de la cohésion sociale

Interview du Dr. Robert Sempach, chef de projet Santé à la Fédération des Coopératives Migros au sein de la Direction des affaires culturelles et sociales.

Notre interlocuteur, le Dr. Robert Sempach, est chef de projet Santé à la fédération des Coopératives Migros au sein de la Direction des affaires culturelles et sociales. Socialdesign a pu l‘épauler lors du développement des projets Tavolata et des Caring Communities (Communautés de soutien, CC). Vous découvrirez dans cet entretien ce qui se cache derrière ces deux termes et les projets correspondants. Robert Sempach nous parle également de la coopération avec socialdesign.

Monsieur Sempach, pouvez-vous nous expliquer brièvement ce qui se cache derrière les termes Tavolata et Caring Communities ?

Le service des affaires sociales du Pour-Cent culturel Migros suit l’évolution sociale et sociopolitique et renforce la cohésion avec des projets qui présentent un caractère social urgent. Les projets sont développés en coopération avec des partenaires et sont mis en œuvre sur place, là où ils peuvent avoir un impact. Deux projets clés du département sont Tavolata et les Caring Communities.

  • « Tavolata » est un réseau de tables communautaires locales basées sur l’auto-organisation et gérées en commun par des personnes âgées. Le nom du projet vient de l’italien et signifie « Table ronde ». Tavolata a été créé en 2010. Depuis lors, environ 400 tables communautaires d’environ 6 à 12 membres ont été organisées dans presque tous les cantons de Suisse. Il est surprenant de voir à quel point ces groupes sont devenus « un modèle de communautés d’entraide ». « De nombreux indices tendent à confirmer que ces groupes aident et soutiennent les individus, même dans les situations difficiles. » (Étude de la ZHAW, 2018).
  • Ces Tavolatas sont la voie vers les Caring Communities. Ce projet est encore en phase de développement. Inspiré par les effets positifs de Tavolata, ce projet des Caring Comunities est plus large et vise à développer des solutions aux tendances sociales de notre époque (individualisation, numérisation, mobilité, bouleversements démographiques). Ces tendances posent un nouveau défi en matière de cohésion sociale : Qui, face à ces mégatendances, veille à ce que les gens prennent soin les uns des autres, directement et concrètement ? Comment pouvons-nous soutenir les nouvelles communautés dans leur début et dans leurs échanges avec d’autres initiatives de Caring Comunities ? A l‘aide de partenaires du terrain et de personnes engagées, nous cherchons des réponses à ces questions grâce à des recherches scientifiques, des conférences, des ateliers ou encore la création d’un réseau national.


Quelles ont été les raisons du développement des projets Tavolata et Caring Communities ?

Le projet Tavolata est né de cette question : « Comment pouvons-nous améliorer la satisfaction et le bien-être des personnes âgées ? » C’est de cette réflexion qu’est née l’idée de lancer des tablées organisées et gérées en commun et d’établir un réseau Tavolata avec des représentants régionaux de Tavolata (RegTaV). Environ 20 RegTaV sont actuellement impliqués dans le réseau. Nous espérons doubler ce chiffre d’ici fin 2019. Le fait que nous abordions le thème des Caring Comunities depuis un an est en partie dû à notre nouvelle stratégie départementale, dans laquelle nous nous concentrons davantage sur l’amélioration de la cohésion sociale. Le développement de Tavolata nous a ouvert les yeux sur la manière dont nous pouvons utiliser notre savoir-faire et notre méthodologie de projet afin d‘initier l’auto-organisation et la participation dans différents domaines avec des personnes de tout âge. L’écho extrêmement positif reçu lors de notre première conférence nationale du 20 juin 2018 nous prouve bien que le sujet revêt une grande importance sociale.

Comment s’est déroulée la coopération avec socialdesign ? En d’autres termes, dans quelle mesure socialdesign vous a-t-il soutenu ?

Après avoir décidé d’approfondir le thème des Caring Communities, socialdesign a fait de nombreuses recherches pour nous. Lors du premier atelier où sont venues des personnalités jouant un rôle important dans les Caring Comunities, socialdesign a tenu le discours d’ouverture à l’Institut Gottlieb Duttweiler et s’est assuré de la qualité des résultats. Elle a ensuite interviewé des experts et des profanes sur les principaux aspects des Caring Communities. Le programme de la Conférence nationale des Caring Comunities du 20 juin 2018 a également été élaboré conjointement par socialdesign et le Professeur Christoph Steinebach de la ZHAW (Université des Sciences Appliquées de Zurich). Manuela Spiess a présenté les résultats des enquêtes et a collecté les principaux retours sur la conférence grâce à une enquête en ligne réalisée auprès des participants.
Socialdesign nous a par ailleurs grandement aidé à préparer le développement d’une structure organisationnelle tournée vers l’avenir pour Tavolata.
La coopération avec socialdesign a été clairement axée sur les résultats et le professionnalisme ; elle a contribué de manière significative au succès du développement du projet. Le travail de base était très bien fondé.

Quelles leçons avez-vous tirées jusqu’à présent des deux projets ?

Tavolata nous a surtout appris qu’il faut du temps et de la patience pour que des projets où l’ « auto-organisation » et l’ « émancipation » jouent un rôle important prennent forme. Lors du développement dans toutes les régions de Tavolata, nous nous sommes rendu compte qu’il n’était pas toujours possible de calmer les tensions et les contradictions, mais qu’il fallait les considérer comme une chance pour apprendre et s’améliorer. On doit en tirer des leçons. L’idée de Tavolata de « promouvoir la cohésion sociale par des tablées auto-organisées » semble simple et plausible. Cependant, la question « Comment construire un réseau ou une organisation d’auto-organisation », prouve bien qu’il s’agit d’un projet complexe. Cela présuppose la volonté de joindre une expérience pratique et des plans d’action conceptuels dans un échange fructueux. Ce qui fonctionne bien en Suisse alémanique ou dans les régions urbaines peut difficilement avoir le même impact à la campagne ou en Suisse romande. D’autres approches sont ici nécessaires et il faut trouver d’autres accès pour diffuser les idées à la base du projet.

Cette attitude de co-créativité nous sera certainement bénéfique lors du développement du réseau des Caring Communities et de leurs mesures d’encouragement. Bien que nous apportions notre expérience et notre savoir-faire en matière de gestion de projet, nous devons toujours nous préoccuper de manière intensive des besoins des utilisateurs du projet et des conditions-cadres concrètes pour trouver un chemin commun.

Que pouvons-nous maintenant attendre à l‘avenir du projet Tavolata et des Caring Comunities ?

En ce qui concerne le projet Tavolata, nous prévoyons, au cours des deux prochaines années, d’établir une structure de soutien durable avec un bureau en Suisse alémanique et en Suisse romande/Tessin en coopération avec des organisations partenaires. Après huit ans de responsabilité stratégique et opérationnelle au sein du Pour-cent culturel Migros, le moment est venu de transposer le projet déjà connu dans toutes les régions du pays autant que possible dans les structures ordinaires existantes ou de le poursuivre avec les organisations partenaires nationales partageant les mêmes intérêts que Tavolata.

Le chemin que prendra le projet des Caring Communities reste encore vague. D’autres ateliers réunissant des acteurs clés du domaine scientifique et de la pratique sont prévus afin de clarifier et de déterminer avec soin la structure et les points essentiels d’un réseau national. Il reste encore à définir qui aidera à la création et au soutien du réseau et sous quelle forme, et quels thématiques seront mises en avant. Il est également possible que le Pour-cent culturel Migros publie une « série participative sur les Caring Communities » et développe d’autres mesures d’encouragement pour des projets de Caring Communities innovants. Des clarifications sont en cours à ce sujet.

Nous vous remercions grandement pour l’interview.

L’évaluation n’est pas l’intrus dans le projet

Entretien avec Luís Costa, euforia

Comment évaluer un projet avec créativité et compétence ? Comment transformer une évaluation en processus d’apprentissage pour toutes les personnes impliquées ? Telles sont les questions qui préoccupent actuellement l’équipe d’évaluation de euforia. euforia, organisation sociale domiciliée à Genève, encourage l’engagement constructif de jeunes et de jeunes adultes.

Au travers de son projet actuel The Unleash Project, euforia propose une plate-forme d’échanges sur des organisations de travail innovants et durables. Les échanges ont lieu dans le cadre de week-ends de formation réguliers, autant d’occasions pour de jeunes professionnel-le-s, des expert-e-s et des employeurs-euses de conjuguer le monde du travail au présent et au futur.

Dans The Unleash Project, l’équipe d’évaluation d’euforia développe actuellement un concept d’évaluation qui doit à la fois mesurer efficacement l’impact et encourager des processus d’apprentissage participatifs. socialdesign soutient euforia dans le développement et l’utilisation de ce dispositif d’évaluation. Dans notre entretien, Luís Costa, évaluateur chez euforia, nous parle de « la mission d’apporter de l’innovation dans une évaluation », ainsi que des défis, des résultats clés et des recettes du succès.

Luís, durant les derniers mois, vous avez développé et systématiquement appliqué un dispositif d’évaluation pour The Unleash Project. Quels sont vos objectifs avec cette évaluation ?

Nous poursuivons deux objectifs principaux. D’abord, disposer d’une évaluation directement intégrée dans le projet, apte à livrer en continu à toutes les personnes impliquées de nouvelles informations pour continuer à développer le projet. Ensuite, nous voulons savoir quels sont les effets du projet pour pouvoir bâtir sur ces effets et les communiquer.

Vous êtes en plein dans la mise en œuvre du projet et, donc, de l’évaluation : quels résultats intermédiaires avez-vous déjà atteints en lien avec les deux objectifs principaux ?

D’une part, nous sommes en bonne voie pour développer un dispositif d’évaluation utilisé par les responsables de projet comme instrument d’optimisation permanent du projet. Nous identifierons les facteurs de succès et les potentiels d’amélioration après chaque atelier qui fait partie intégrante du projet. Nous partagerons les conclusions et les recommandations avec nos collègues qui ont la direction opérationnelle du projet. L’évaluation n’est donc pas un corps étranger ou un intrus dans le projet, mais un élément qui s’y intègre harmonieusement. Notre second objectif, la mesure des effets, est une entreprise plus délicate : il est important d’adopter une perspective à long terme et de comparer les données dans une perspective diachronique. Les premiers résultats montrent que les participant-e-s au projet appliquent les nouveaux modèles d’organisation du travail et les nouvelles pistes qu’ils découvrent ou développent dans nos ateliers. Et c’est exactement notre objectif.

Les évaluations sont souvent perçues comme une contrainte. A contrario, vous vous êtes fixé comme objectif de développer un dispositif d’évaluation qui reflète convenablement les valeurs de votre organisation – des valeurs qui s’appellent plaisir de l’engagement, créativité, pensée « hors des sentiers battus ». Quels sont les défis à relever dans ce processus ?  

Le plus grand défi consiste à se détacher des méthodes traditionnelles appliquées le plus souvent dans les évaluations. C’est un changement de mentalité et un nouveau mode de penser : il ne s’agit pas de penser en permanence que l’on doit évaluer un projet ou, comme nous l’avons appris à l’école, détecter les erreurs et les lacunes. Il s’agit bien plus de réfléchir aux informations qui aident toutes les personnes impliquées à apprendre des processus et à améliorer régulièrement ces processus. Ce mode de penser implique que l’équipe d’évaluation, les responsables de projet et les participant-e-s au projet collaborent étroitement et échangent des idées. Nous recherchons à créer un pont entre le projet et l’évaluation. Comme tout changement de mentalité, cette étape nécessite aussi du temps.

Quelles sont les méthodes concrètes permettant, selon vous, à une évaluation d’encourager l’apprentissage collectif et la participation ?

Je reprends l’exemple de The Unleash Project, pour lequel nous avons conçu une méthode d’enquête innovante : il s’agit d’un questionnaire en ligne qui génère des informations accompagnées de visualisations en couleur, d’images animées et de formulations attrayantes. Faute de pouvoir continuer à parler d’ « enquête » au sens classique, nous avons rebaptisé de processus en « happymètre » (la jauge du bonheur). Un nom qui traduit bien que ce qui nous intéresse avant tout, c’est de connaître la satisfaction des participant-e-s au projet. Ils/elles sont d’ailleurs nombreux-euses à exprimer explicitement dans le champ réservé aux commentaires leur enthousiasme pour cette forme de sondage, ce qui nous conforte dans notre méthode. Les instruments d’évaluation dits en temps réel sont un autre élément clé : nous sélectionnons des moments dans la mise en œuvre du projet pour récolter des données. Par exemple, un dernier tour de table à la fin de chaque séminaire. Nous mettons à la disposition des responsables de projet des méthodes permettant de réfléchir de manière interactive aux expériences avec les participant-e-s. Notre rôle d’équipe d’évaluation consiste exclusivement à analyser systématiquement les contenus issus de ce débriefing.

En quoi consiste le soutien de socialdesign dans le développement de votre design d’évaluation ?

Nous voyons dans la collaboration avec socialdesign un coaching qui nous permet de trouver nos propres solutions. socialdesign nous accompagne dans ce processus, pose des questions et nous montre comment parvenir à la destination que nous avons choisie. Les séminaires communs sont particulièrement intenses et inspirants : socialdesign ne nous dit pas ce que nous devons faire mais nous aide à développer nos propres réponses. Cette méthode nous apporte, à chaque nouveau séminaire, un grand nombre d’informations et d’impulsions. À mon niveau personnel, la collaboration avec socialdesign a éveillé mon intérêt pour une activité de coaching. J’accompagne désormais d’autres organisations dans l’exécution d’évaluations et souhaiterais renforcer cet engagement à l’avenir.

Pendant que nous parlons, tu es assis à ton bureau, au Portugal : euforia est une équipe de collaborateurs-trices réparti-e-s dans des villes et pays différents. L’importance de la mobilité et de modes de travail indépendants du lieu augmente. Quelle est la recette d’euforia pour que le télétravail réussisse ?

Nous accordons également une grande importance à l’humain et au bien-être. Par exemple, nous organisons des « retraites » : toute l’équipe d’euforia se rencontre deux fois par an, au printemps dans les montagnes et en automne à la mer. Une semaine de travail intensif et de moments de partage qui nous permettent de mieux nous connaître, comme cuisiner et prendre nos repas en commun, ou pratiquer de nombreuses autres activités. Ce lien nous met ensuite en capacité de collaborer étroitement au quotidien malgré la distance spatiale. Par exemple, utilisant au quotidien les moyens de communication moderne dans notre travail, nous prenons le temps d’échanger sur notre santé et notre état d’esprit personnel au début de chaque conversation sur Skype ou Hangout. Ces moments où nous cultivons la dimension personnelle sont la clé de notre réussite.

Merci pour cet entretien, Luís.

Des mécanismes de changement théoriques trouvent une utilisation pratique dans la consultation mail

 

Entretien avec Madame Salomé Steinle, cheffe de section suppléante, OFSP (section Prévention dans le domaine des soins)

Pour les personnes touchées par un problème d’addiction, mais aussi pour leurs proches, il est souvent difficile de demander une aide ou un conseil auprès d’un service de consultation. Les offres à bas seuil peuvent permettre de les aider. L’objectif de SafeZone.ch est précisément de mettre en place une telle offre à bas seuil: SafeZone.ch est un portail qui dispense des consultations en ligne gratuites et anonymes aux personnes concernées par les addictions, à leur famille et à leurs proches, ainsi qu’aux professionnels et à toute personne intéressée.
L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a chargé socialdesign d’effectuer une étude complète sur l’«Utilisation des mécanismes de changement dans la consultation mail de SafeZone.ch». L’étude a porté sur le déroulement et le contenu de plus de 1000 consultations mail effectuées par SafeZone.ch entre 2014 et 2017. Les mécanismes de changement décrits dans la théorie et la littérature scientifique ont été opérationnalisés et soumis pour la première fois à une analyse empirique. Sur la base des résultats obtenus et dans le cadre d’un workshop avec le mandataire, socialdesign a formulé une série de recommandations concrètes afin d’optimiser la pratique de consultation de SafeZone.ch.

Nous nous sommes entretenus sur l’étude avec Madame Salomé Steinle, cheffe suppléante de la section Prévention dans le domaine des soins de l’OFSP.

Qu’est-ce qui a motivé une telle étude ?
Nous sommes régulièrement interrogés sur l’efficacité des consultations en ligne. La plupart du temps, ce sont les professionnel-le-s qui posent les questions, mais on ne peut exclure que les usagers s’interrogent eux aussi. D’une manière générale, la recherche montre que les consultations physiques et en ligne peuvent avoir des effets comparables. La manière dont l’efficacité peut être mesurée, en particulier lorsqu’il s’agit de thèmes complexes tels que l’aide en matière d’addiction, reste cependant extrêmement difficile et discutable. C’est pourquoi il fallait répondre à plusieurs questions essentielles. Comment une consultation en ligne peut-elle être efficace? Quelles interventions thérapeutiques aident ? Comment sont-elles mises en œuvre ? Cela peut différer en fonction de l’offre, du contexte, des méthodes appliquées, etc. Nous voulions répondre à ces questions pour la consultation mail et contribuer ainsi à améliorer la consultation en ligne.

Quels sont, pour vous, les principaux résultats de l’étude ?
L’étude montre que de nombreux mécanismes de changement, comme l’instauration d’une alliance thérapeutique, sont très souvent utilisés. Les conseillers et conseillères adoptent une démarche valorisant les ressources et orientée solution et conçoivent la consultation comme une co-production, ce qui est un élément indispensable à la compréhension du problème et au processus de résolution de problème. Pour cela, ils font du cas par cas en abordant chaque usager selon ses spécificités, ce qui apporte une authenticité rassurante pour l’usager, autre élément-clé pour la réussite d’un conseil.

Comment, de votre point de vue, la recherche fondamentale a-t-elle pu elle être reliée à la pratique de terrain ?
D’une part, l’étude a pu utiliser les consultations mail achevées et parfaitement anonymisées pour analyser les éléments linguistiques utilisés par les conseillers et conseillères. Dans cette optique, la pratique fournit une contribution majeure à la recherche sur la consultation mail. D’autre part, les résultats reviennent directement dans le projet par le biais de workshops afin d’en poursuivre son développement. Au niveau conceptuel, les résultats sont également précieux pour orienter encore mieux à l’avenir l’offre et la communication sur les besoins des groupes cibles.

Comment les résultats de l’étude vont-ils s’insérer dans le travail futur de SafeZone.ch ?
Cela se passera à différents niveaux. Nous savons désormais que nous sommes sur la bonne voie, tant en ce qui concerne les approches que les consultations ou les conditions cadres. Notre objectif sera bien entendu de conserver et d’améliorer ces atouts. Pour cela, les conseillers et conseillères participeront dans le cadre de leur formation continue à un workshop organisé par les dirigeants de l’étude. Nous continuerons à développer d’autres points de la gestion interne de qualité et à optimiser techniquement le système afin de créer les meilleures conditions possibles à une consultation en ligne efficace.

Merci pour cet entretien.

 

socialdesign 2017 – une rétrospective

Celles et deux d’entre vous qui sont abonnés depuis longtemps à notre bulletin d’information attendent ici une rétrospective sous forme d’un entretien avec des collaborateurs et collaboratrices de socialdesign. Cette année, nous aimerions vous surprendre par une nouvelle forme de rétrospective. D’abord par une représentation graphique de la nature des projets que nous avons conduits. Ensuite nous vous donnons un aperçu des goûts personnels et des modes de travail privilégiés de l’équipe.

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