Séminaire sur la politique des quartiers et les démarches participatives menées à Lausanne

Le 10 octobre dernier a eu lieu un séminaire sur les expériences lausannoises en matière de politique des quartiers et les démarches participatives. Ce séminaire, intitulé « entre ville ordinaire, quartiers et projets : la politique des quartiers et les expériences participatives lausannoises en débat », a été organisé conjointement par la Ville de Lausanne et l’Université de Lausanne. Il a rencontré un joli succès, puisqu’il a réuni près de 120 acteurs impliqués dans ces démarches à Lausanne et dans d’autres villes romandes. Notre cheffe de projet, Dr. Cyrielle Champion, a pris part à l’événement et rend compte des résultats les plus importants dans notre interview.

Cyrielle, tu as participé à ce séminaire. Peux-tu nous expliquer de quoi il était question dans ce séminaire ?

Depuis plusieurs années, la Ville de Lausanne mène une politique participative active qui donne aux quartiers, en tant que lieu privilégié de partage et d’expression de la vie citoyenne, un nouveau rôle dans la politique municipale. Parmi les outils participatifs mis sur pieds, on peut citer par exemple les
« Contrats de quartier » ou encore la « Caravane des quartiers ». Plusieurs de ces outils ont récemment fait l’objet d’évaluations externes.

Avec la nouvelle législature, la Ville de Lausanne souhaite renforcer sa politique des quartiers et faire de la participation citoyenne un objectif prioritaire. En mars dernier, elle a ainsi voté un programme dans lequel elle consolide les éléments existants et se dote de nouveaux outils: introduction d’un budget participatif permettant d’accorder une subvention financière en faveur de projets citoyens, création d’un poste pour la coordination de cette politique ainsi que d’une délégation municipale aux quartiers, etc.

Dans ce cadre, l’objectif du séminaire du 10 octobre dernier était double. Il s’agissait tout d’abord de faire un état des lieux des évaluations existantes et d’en faire connaître les résultats aux acteurs locaux directement concernés – collaboratrices et collaborateurs de la ville de Lausanne, mais aussi représentantes et représentants des sociétés et associations locales. Il s’agissait ensuite d’échanger et de réfléchir ensemble sur les enjeux d’une politique participative utile et efficace.

De quelle manière socialdesign a été associé à cet événement ?

Socialdesign a mené l’évaluation de la Caravane des quartiers sur mandat de la ville de Lausanne. La Caravane des quartiers constitue un de ces outils soutenus par la Ville de Lausanne qui a mis la participation des habitantes et habitants et des sociétés de quartiers au centre de son approche. A l’origine initiée pour remplacer les Fêtes de Lausanne, la Caravane est une manifestation gratuite qui sillonne la ville de Lausanne tous les deux ans et propose, à chaque halte dans un quartier, des spectacles itinérants, concerts et expositions. A l’origine, l’objectif de ces « fêtes de quartier » était à la fois de renforcer les liens entre associations, communautés et habitants d’un quartier, mais aussi de les impliquer directement dans la vie de quartier. Concrètement, à chaque étape, les habitants et associations étaient impliqués de trois manières : en tant qu’organisateurs de la manifestation, en tant que participants aux animations, et finalement en tant que spectateurs.

En tant que bureau mandaté pour évaluer cet outil, socialdesign a été invité à présenter les résultats de l’évaluation et à participer à la table ronde du matin consacrée à une discussion transversale des mandats réalisés jusqu’à ce jour.

Qu’as-tu retenu des échanges de cette journée ?

Le séminaire a mis en lumière toute une série de défis sur lesquels il s’agira de travailler ces prochaines années. Il y a bien sûr la question de l’accessibilité et de la participation de certaines populations dont la voix est souvent oubliée, comme les enfants ou les personnes avec un parcours migratoire. Mais il y a aussi la question du cadrage des démarches participatives et du rôle respectif des différents acteurs. Sur ces derniers points, j’ai notamment retenu que, pour être efficace, une démarche participative se doit d’être transparente dès le départ sur les contraintes existantes à un projet. Elle doit aussi pouvoir dépasser le clivage d’un processus top-down (p.ex. pilotage de l’administration) versus bottom-up (p.ex. idée d’un citoyen « tout-puissant »), et reconnaître que chaque acteur – administration, professionnels, habitantes et habitants et associations, a un rôle à jouer dans ces processus.

Quelle est ton appréciation de la politique lausannoise dans le domaine de la politique des quartiers et des démarches participatives ?

En Suisse romande, Lausanne est déjà très avancée dans ses réflexions et ses projets en matière de politique des quartiers et de démarches participatives.

Dans le cadre de son nouveau programme adopté en mars dernier, la Ville de Lausanne démontre aussi une réelle volonté de développer une participation citoyenne qui dépasse le cadre d’une participation « alibi » visant à assurer le soutien de la population pour certains projets municipaux. Sur ce point, l’introduction d’un budget participatif est, à mon avis, particulièrement exemplaire. En effet, dans le futur, un fonds spécial sera créé pour le soutien de projets initiés par des quartiers, lequel permettra aux habitants de co-décider les priorités et les budgets alloués.

Par ailleurs, la ville montre également une réelle volonté à travailler de manière transversale entre les départements et les domaines concernés. C’est à mon avis fondamental quand il s’agit de répondre à des propositions issues de l’expertise du terrain et de la réalité quotidienne des habitants d’un quartier. En tant que spécialiste des questions de collaboration inter-institutionnelle, c’est une démarche que j’ai toujours encouragée, même si ce n’est pas toujours la voie la plus facile à réaliser.

Nous vous remercions grandement pour l’interview.

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