« Nous ne savons pas encore ce qui est vraiment essentiel »

Interview avec Roger Staub

Roger Staub est titulaire d’un Master of Public Health et d’un Master in Applied Ethics. Il est le cofondateur de l’Aide Suisse contre le Sida et a été pendant de nombreuses années responsable de la campagne STOP SIDA auprès de l’Office fédéral de la Santé publique (OFSP). Depuis 2017, Roger Staub est le directeur de la fondation Pro Mente Sana et s’engage aussi en tant de spécialiste de la prévention pour les premiers secours en santé mentale

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Séminaire sur la politique des quartiers et les démarches participatives menées à Lausanne

Le 10 octobre dernier a eu lieu un séminaire sur les expériences lausannoises en matière de politique des quartiers et les démarches participatives. Ce séminaire, intitulé « entre ville ordinaire, quartiers et projets : la politique des quartiers et les expériences participatives lausannoises en débat », a été organisé conjointement par la Ville de Lausanne et l’Université de Lausanne. Il a rencontré un joli succès, puisqu’il a réuni près de 120 acteurs impliqués dans ces démarches à Lausanne et dans d’autres villes romandes. Notre cheffe de projet, Dr. Cyrielle Champion, a pris part à l’événement et rend compte des résultats les plus importants dans notre interview.

Cyrielle, tu as participé à ce séminaire. Peux-tu nous expliquer de quoi il était question dans ce séminaire ?

Depuis plusieurs années, la Ville de Lausanne mène une politique participative active qui donne aux quartiers, en tant que lieu privilégié de partage et d’expression de la vie citoyenne, un nouveau rôle dans la politique municipale. Parmi les outils participatifs mis sur pieds, on peut citer par exemple les
« Contrats de quartier » ou encore la « Caravane des quartiers ». Plusieurs de ces outils ont récemment fait l’objet d’évaluations externes.

Avec la nouvelle législature, la Ville de Lausanne souhaite renforcer sa politique des quartiers et faire de la participation citoyenne un objectif prioritaire. En mars dernier, elle a ainsi voté un programme dans lequel elle consolide les éléments existants et se dote de nouveaux outils: introduction d’un budget participatif permettant d’accorder une subvention financière en faveur de projets citoyens, création d’un poste pour la coordination de cette politique ainsi que d’une délégation municipale aux quartiers, etc.

Dans ce cadre, l’objectif du séminaire du 10 octobre dernier était double. Il s’agissait tout d’abord de faire un état des lieux des évaluations existantes et d’en faire connaître les résultats aux acteurs locaux directement concernés – collaboratrices et collaborateurs de la ville de Lausanne, mais aussi représentantes et représentants des sociétés et associations locales. Il s’agissait ensuite d’échanger et de réfléchir ensemble sur les enjeux d’une politique participative utile et efficace.

De quelle manière socialdesign a été associé à cet événement ?

Socialdesign a mené l’évaluation de la Caravane des quartiers sur mandat de la ville de Lausanne. La Caravane des quartiers constitue un de ces outils soutenus par la Ville de Lausanne qui a mis la participation des habitantes et habitants et des sociétés de quartiers au centre de son approche. A l’origine initiée pour remplacer les Fêtes de Lausanne, la Caravane est une manifestation gratuite qui sillonne la ville de Lausanne tous les deux ans et propose, à chaque halte dans un quartier, des spectacles itinérants, concerts et expositions. A l’origine, l’objectif de ces « fêtes de quartier » était à la fois de renforcer les liens entre associations, communautés et habitants d’un quartier, mais aussi de les impliquer directement dans la vie de quartier. Concrètement, à chaque étape, les habitants et associations étaient impliqués de trois manières : en tant qu’organisateurs de la manifestation, en tant que participants aux animations, et finalement en tant que spectateurs.

En tant que bureau mandaté pour évaluer cet outil, socialdesign a été invité à présenter les résultats de l’évaluation et à participer à la table ronde du matin consacrée à une discussion transversale des mandats réalisés jusqu’à ce jour.

Qu’as-tu retenu des échanges de cette journée ?

Le séminaire a mis en lumière toute une série de défis sur lesquels il s’agira de travailler ces prochaines années. Il y a bien sûr la question de l’accessibilité et de la participation de certaines populations dont la voix est souvent oubliée, comme les enfants ou les personnes avec un parcours migratoire. Mais il y a aussi la question du cadrage des démarches participatives et du rôle respectif des différents acteurs. Sur ces derniers points, j’ai notamment retenu que, pour être efficace, une démarche participative se doit d’être transparente dès le départ sur les contraintes existantes à un projet. Elle doit aussi pouvoir dépasser le clivage d’un processus top-down (p.ex. pilotage de l’administration) versus bottom-up (p.ex. idée d’un citoyen « tout-puissant »), et reconnaître que chaque acteur – administration, professionnels, habitantes et habitants et associations, a un rôle à jouer dans ces processus.

Quelle est ton appréciation de la politique lausannoise dans le domaine de la politique des quartiers et des démarches participatives ?

En Suisse romande, Lausanne est déjà très avancée dans ses réflexions et ses projets en matière de politique des quartiers et de démarches participatives.

Dans le cadre de son nouveau programme adopté en mars dernier, la Ville de Lausanne démontre aussi une réelle volonté de développer une participation citoyenne qui dépasse le cadre d’une participation « alibi » visant à assurer le soutien de la population pour certains projets municipaux. Sur ce point, l’introduction d’un budget participatif est, à mon avis, particulièrement exemplaire. En effet, dans le futur, un fonds spécial sera créé pour le soutien de projets initiés par des quartiers, lequel permettra aux habitants de co-décider les priorités et les budgets alloués.

Par ailleurs, la ville montre également une réelle volonté à travailler de manière transversale entre les départements et les domaines concernés. C’est à mon avis fondamental quand il s’agit de répondre à des propositions issues de l’expertise du terrain et de la réalité quotidienne des habitants d’un quartier. En tant que spécialiste des questions de collaboration inter-institutionnelle, c’est une démarche que j’ai toujours encouragée, même si ce n’est pas toujours la voie la plus facile à réaliser.

Nous vous remercions grandement pour l’interview.

Projets pour l’encouragement de la cohésion sociale

Interview du Dr. Robert Sempach, chef de projet Santé à la Fédération des Coopératives Migros au sein de la Direction des affaires culturelles et sociales.

Notre interlocuteur, le Dr. Robert Sempach, est chef de projet Santé à la fédération des Coopératives Migros au sein de la Direction des affaires culturelles et sociales. Socialdesign a pu l‘épauler lors du développement des projets Tavolata et des Caring Communities (Communautés de soutien, CC). Vous découvrirez dans cet entretien ce qui se cache derrière ces deux termes et les projets correspondants. Robert Sempach nous parle également de la coopération avec socialdesign.

Monsieur Sempach, pouvez-vous nous expliquer brièvement ce qui se cache derrière les termes Tavolata et Caring Communities ?

Le service des affaires sociales du Pour-Cent culturel Migros suit l’évolution sociale et sociopolitique et renforce la cohésion avec des projets qui présentent un caractère social urgent. Les projets sont développés en coopération avec des partenaires et sont mis en œuvre sur place, là où ils peuvent avoir un impact. Deux projets clés du département sont Tavolata et les Caring Communities.

  • « Tavolata » est un réseau de tables communautaires locales basées sur l’auto-organisation et gérées en commun par des personnes âgées. Le nom du projet vient de l’italien et signifie « Table ronde ». Tavolata a été créé en 2010. Depuis lors, environ 400 tables communautaires d’environ 6 à 12 membres ont été organisées dans presque tous les cantons de Suisse. Il est surprenant de voir à quel point ces groupes sont devenus « un modèle de communautés d’entraide ». « De nombreux indices tendent à confirmer que ces groupes aident et soutiennent les individus, même dans les situations difficiles. » (Étude de la ZHAW, 2018).
  • Ces Tavolatas sont la voie vers les Caring Communities. Ce projet est encore en phase de développement. Inspiré par les effets positifs de Tavolata, ce projet des Caring Comunities est plus large et vise à développer des solutions aux tendances sociales de notre époque (individualisation, numérisation, mobilité, bouleversements démographiques). Ces tendances posent un nouveau défi en matière de cohésion sociale : Qui, face à ces mégatendances, veille à ce que les gens prennent soin les uns des autres, directement et concrètement ? Comment pouvons-nous soutenir les nouvelles communautés dans leur début et dans leurs échanges avec d’autres initiatives de Caring Comunities ? A l‘aide de partenaires du terrain et de personnes engagées, nous cherchons des réponses à ces questions grâce à des recherches scientifiques, des conférences, des ateliers ou encore la création d’un réseau national.


Quelles ont été les raisons du développement des projets Tavolata et Caring Communities ?

Le projet Tavolata est né de cette question : « Comment pouvons-nous améliorer la satisfaction et le bien-être des personnes âgées ? » C’est de cette réflexion qu’est née l’idée de lancer des tablées organisées et gérées en commun et d’établir un réseau Tavolata avec des représentants régionaux de Tavolata (RegTaV). Environ 20 RegTaV sont actuellement impliqués dans le réseau. Nous espérons doubler ce chiffre d’ici fin 2019. Le fait que nous abordions le thème des Caring Comunities depuis un an est en partie dû à notre nouvelle stratégie départementale, dans laquelle nous nous concentrons davantage sur l’amélioration de la cohésion sociale. Le développement de Tavolata nous a ouvert les yeux sur la manière dont nous pouvons utiliser notre savoir-faire et notre méthodologie de projet afin d‘initier l’auto-organisation et la participation dans différents domaines avec des personnes de tout âge. L’écho extrêmement positif reçu lors de notre première conférence nationale du 20 juin 2018 nous prouve bien que le sujet revêt une grande importance sociale.

Comment s’est déroulée la coopération avec socialdesign ? En d’autres termes, dans quelle mesure socialdesign vous a-t-il soutenu ?

Après avoir décidé d’approfondir le thème des Caring Communities, socialdesign a fait de nombreuses recherches pour nous. Lors du premier atelier où sont venues des personnalités jouant un rôle important dans les Caring Comunities, socialdesign a tenu le discours d’ouverture à l’Institut Gottlieb Duttweiler et s’est assuré de la qualité des résultats. Elle a ensuite interviewé des experts et des profanes sur les principaux aspects des Caring Communities. Le programme de la Conférence nationale des Caring Comunities du 20 juin 2018 a également été élaboré conjointement par socialdesign et le Professeur Christoph Steinebach de la ZHAW (Université des Sciences Appliquées de Zurich). Manuela Spiess a présenté les résultats des enquêtes et a collecté les principaux retours sur la conférence grâce à une enquête en ligne réalisée auprès des participants.
Socialdesign nous a par ailleurs grandement aidé à préparer le développement d’une structure organisationnelle tournée vers l’avenir pour Tavolata.
La coopération avec socialdesign a été clairement axée sur les résultats et le professionnalisme ; elle a contribué de manière significative au succès du développement du projet. Le travail de base était très bien fondé.

Quelles leçons avez-vous tirées jusqu’à présent des deux projets ?

Tavolata nous a surtout appris qu’il faut du temps et de la patience pour que des projets où l’ « auto-organisation » et l’ « émancipation » jouent un rôle important prennent forme. Lors du développement dans toutes les régions de Tavolata, nous nous sommes rendu compte qu’il n’était pas toujours possible de calmer les tensions et les contradictions, mais qu’il fallait les considérer comme une chance pour apprendre et s’améliorer. On doit en tirer des leçons. L’idée de Tavolata de « promouvoir la cohésion sociale par des tablées auto-organisées » semble simple et plausible. Cependant, la question « Comment construire un réseau ou une organisation d’auto-organisation », prouve bien qu’il s’agit d’un projet complexe. Cela présuppose la volonté de joindre une expérience pratique et des plans d’action conceptuels dans un échange fructueux. Ce qui fonctionne bien en Suisse alémanique ou dans les régions urbaines peut difficilement avoir le même impact à la campagne ou en Suisse romande. D’autres approches sont ici nécessaires et il faut trouver d’autres accès pour diffuser les idées à la base du projet.

Cette attitude de co-créativité nous sera certainement bénéfique lors du développement du réseau des Caring Communities et de leurs mesures d’encouragement. Bien que nous apportions notre expérience et notre savoir-faire en matière de gestion de projet, nous devons toujours nous préoccuper de manière intensive des besoins des utilisateurs du projet et des conditions-cadres concrètes pour trouver un chemin commun.

Que pouvons-nous maintenant attendre à l‘avenir du projet Tavolata et des Caring Comunities ?

En ce qui concerne le projet Tavolata, nous prévoyons, au cours des deux prochaines années, d’établir une structure de soutien durable avec un bureau en Suisse alémanique et en Suisse romande/Tessin en coopération avec des organisations partenaires. Après huit ans de responsabilité stratégique et opérationnelle au sein du Pour-cent culturel Migros, le moment est venu de transposer le projet déjà connu dans toutes les régions du pays autant que possible dans les structures ordinaires existantes ou de le poursuivre avec les organisations partenaires nationales partageant les mêmes intérêts que Tavolata.

Le chemin que prendra le projet des Caring Communities reste encore vague. D’autres ateliers réunissant des acteurs clés du domaine scientifique et de la pratique sont prévus afin de clarifier et de déterminer avec soin la structure et les points essentiels d’un réseau national. Il reste encore à définir qui aidera à la création et au soutien du réseau et sous quelle forme, et quels thématiques seront mises en avant. Il est également possible que le Pour-cent culturel Migros publie une « série participative sur les Caring Communities » et développe d’autres mesures d’encouragement pour des projets de Caring Communities innovants. Des clarifications sont en cours à ce sujet.

Nous vous remercions grandement pour l’interview.

Entretien avec Bruno Bianchet, chef du Département de la protection de l’adulte et de l’enfant (PAE) de la ville de Bienne.

Entretien avec Bruno Bianchet, chef du Département de la protection de l’adulte et de l’enfant (PAE) de la ville de Bienne.

Au début de cette année, le Département de la protection de l’adulte et de l’enfant (PAE) de la ville de Bienne s’est doté d’un système de management de la qualité (SMQ) développé en interne. Dans l’entretien, Bruno Bianchet, le responsable de la PAE, revient sur les défis les processus et les sujets à prendre en compte dans un tel projet.

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Mesure de l’effet des programmes d’intégration

Entretien avec Peter Neuenschwander, professeur et responsable de projets à la Haute école spécialisée bernoise, avec priorité de recherche sur la sécurité sociale et l’intégration.

En collaboration avec socialdesign, il a développé WiMe-Int©, un outil destiné à mesurer l’efficacité des programmes d’intégration.

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Penser l’identité suisse au pluriel

Entretien avec Andi Geu, directeur du National Coalition Building Institute (NCBI) Suisse

Penser l’identité suisse de manière différenciée, lutter indirectement contre le racisme – tels sont les objectifs que poursuivent Andi Geu, son équipe et un réseau grandissant d’organisations partenaires au travers du projet « i-CH pour les jeunes – Je fais partie de la Suisse ».

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Revenir en arrière pour mieux aller de l’avant

Suite à un élargissement de sa mission, le Bureau pour l’intégration des étrangers et la prévention du racisme (BCI) du canton de Vaud et sa responsable Amina Benkais-Benbrahim ont relevé le défi d’accorder la stratégie et l’organisation du BCI aux nouvelles conditions-cadre. Pour faire face à ce défi, la responsable a entamé, avec son équipe et avec l’accompagnement de socialdesign, un processus stratégique et organisationnel. Témoignage d’une expérience réussite.

Madame Benkais-Benbrahim, vous êtes la déléguée à l’intégration pour le canton de Vaud et dirigez le BCI. Quelle est votre mission ?

Le BCI est un service de l’Etat de Vaud. Nous sommes chargés de piloter la politique d’intégration cantonale. Nous sommes les répondants pour le canton et pour la confédération en matière d’intégration.

Vous avez entamé un processus stratégique et, par la suite, un processus de développement organisationnel. Pourquoi ?

Le BCI est une entité relativement jeune. Quelques années seulement après son démarrage en 2010, le BCI a dû faire face à une évolution importante en matière de politique d’intégration. Depuis le 1er  janvier 2014, des compétences du niveau national ont été transférées au niveau cantonal. Le canton a dû réaménager sa politique. Un programme cantonal d’intégration (PIC) a été mis en place par le BCI.
Avec ce changement dans le domaine de la politique d’intégration, notre équipe a doublé, les moyens financiers ont augmenté et les missions se sont élargies. Par la suite, nous avons  entamé une réflexion sur notre propre organisation.

Qu’avez-vous fait concrètement ?

Suite à la mise en place du Programme cantonale d’intégration, de nouveaux besoins ont émergés au niveau de l’équipe. Nous avons tout d’abord récolté ces besoins puis nous avons effectué un bilan en nous posant les questions suivantes : qu’est-ce qui marche ? Qu’est-ce qui manque ?
Ensuite, nous avons pris le temps de mettre à jour la stratégie du BCI. Une fois que la feuille de route stratégique a été développée et validée, nous nous sommes tournés vers le processus organisationnel. Il était en effet nécessaire d’accorder le fonctionnement de l’équipe avec cette stratégie modifiée du BCI. Il fallait ajuster nos processus, l’organigramme de l’équipe, les cahiers des charges. Notre objectif était de valoriser les compétences existantes dans l’équipé et de les compléter avec de nouvelles capacités selon nos besoins. Ainsi, nous avons par exemple créé un poste de communication.

Quel est votre bilan de cette expérience ?

Ce qui était positif, c’était le fait de prendre le temps de revenir en arrière pour mieux aller de l’avant. L’idée n’a pas été de faire « tabula rasa », mais plutôt de compléter et remettre un cadre autour de l’existant.
Cela prend du temps, mais j’ai le sentiment que ce sont des choses qui sont établies  pour le long terme. Chez nous, le processus s’est déroulé sur une année entière. Il est nécessaire de toujours expliquer les étapes et décisions à l’équipe ; il faut accompagner le changement en permanence et bien communiquer. Avoir un accompagnement externe, dans notre cas socialdesign, est très précieux.

 

Nous remercions Mme Amina Benkais-Benbrahim de cet entretien !

Faire de la musique, avec un handicap mais sans entrave

Entretien avec Babette Wackernagel Batcho, propriétaire de Musik trotz allem

Musik trotz allem (la musique malgré tout) s’adresse à tous les enfants et adolescents, qu’ils soient en situation d’handicap ou non. Après une évaluation des capacités et envies musicaux et un premier entretien, Musik trotz allem propose une activité musicale aux jeunes en rapport avec leurs forces, leurs capacités et leurs ressources.
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